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Le Brexit l’a emporté en juin, Donald Trump est élu en novembre : la réaction inattendue des marchés à court terme ne doit pas occulter les inconnues à moyen terme qui constituent un challenge pour la gestion assurantielle.

Le vote en faveur du Brexit fin juin au Royaume Uni, l’élection de Donald Trump en novembre aux Etats Unis sont deux évènements politiques récents qui ne correspondaient pas au scénario principal envisagé par les marchés financiers.

C’étaient néanmoins des hypothèses possibles à défaut d’être considérées comme vraisemblables par le consensus. Cette hypothèse jugée peu probable donnait lieu si elle devait néanmoins se produire, à l’anticipation d’un mouvement généralisé de défiance à l’égard des classes d’actifs risqués : les marchés d’actions devaient baisser beaucoup et les marchés obligataires core devaient en bénéficier, dans un vaste mouvement de « Fuite vers la Qualité ». Ce n’est pas du tout ce qui s’est produit.

Concernant le cas britannique, après quelques jours de forte volatilité, les marchés financiers ont repris leur « rythme de croisière », le seul ajustement notable étant la dépréciation du sterling et la hausse (!), équivalente, de la bourse anglaise.

Concernant l’élection américaine, les marchés d’actions américains et européens ont réagi en se maintenant à leur niveau pour les indices globaux, mais en connaissant une rotation sectorielle significative. Les marchés d’actions ont clairement privilégié à court terme les aspects du programme du nouveau Président américain qui seraient favorables à la croissance économique et au résultat des entreprises et qui leur paraissent avoir une probabilité de mise en œuvre haute : baisse des impôts, programme de grands travaux, déréglementation du secteur financier notamment.

Evolution du S&P 500 depuis le 1er juin 2016 :

Evolution de l’EuroStoxx 50 depuis le 1er juin 2016 :

Les rotations sectorielles ont principalement bénéficié aux financières, aux ressources de base et aux pharmaceutiques, actant l’hypothèse que le Président Trump appliquerait les promesses du candidat Donald dans les domaines concernés.

Evolution des secteurs composant l’EuroStoxx 50 depuis le 7 novembre 2016 :

Les marchés obligataires ont réagi plus nettement à la baisse, la hausse des rendements s’accélérant, poursuivant ainsi un mouvement qui avait déjà commencé avant l’élection présidentielle américaine, sur des anticipations de resserrement progressif des politiques monétaires des Banques Centrales, y compris en Europe (+34 centimes pour le 10 ans US et +24 centimes pour le 10 ans français sur la semaine du 8 au 15 novembre). Compte tenu d’un taux de rendement sur le 10 ans français qui était à 0,50% le 8 novembre et à 1,86% sur le 10 ans américain à la même date, le choc en marked to market est beaucoup plus abrupt sur le directionnel européen que sur le directionnel américain, même si dans l’absolu en terme de niveaux de taux d’intérêt, qui demeurent bas voire très bas, il reste modéré.

Evolution du taux 10 ans France depuis le 1er juin 2016 :

La dimension reflationniste, voir inflationniste du programme envisagé par Donald Trump, a contribué à l’accélération sur le souverain aux Etats Unis, avec notamment l’accroissement probable du déficit budgétaire américain, au moins dans une première étape, et l’anticipation d’une normalisation plus rapide de la politique monétaire de la Fed.

La propagation de l’accélération de la remontée des taux d’intérêt souverains à l’Europe correspond dans une certaine mesure à la corrélation historique observée dans les périodes de remontée des taux d’intérêt entre les Etats Unis et l’Europe, mais aussi à l’anticipation que des évolutions similaires de politiques budgétaires et monétaires en zone Euro pourraient être encouragées par ce qui se passe en Amérique.

La hausse des spreads sur les pays périphériques traduit par ailleurs l’anticipation progressivement d’une moindre administration par la BCE des marchés obligataires, et donc une forme de revalorisation du risque spécifique à chaque pays, risque politique inclus.

Evolution du taux 10 ans Italie depuis le 1er juin 2016 :

Le marché du crédit a suivi logiquement l’évolution du directionnel, avec des nuances en fonction des segments corporate ou financiers et en fonction de la qualité de rating. Le mouvement de « Re-pricing » du risque spécifique pèse davantage sur le High Yield que sur l’Investment Grade.

Evolution du Barclays Pan-European High Yield Index depuis le 1er juin 2016 :

Le marché des obligations indexées a matérialisé la remontée des anticipations d’inflation.

Evolution du taux d’inflation forward 5 ans dans 5 ans depuis le 1er juin 2016 :

Contre toute attente, le Dollar s’est apprécié dans la foulée de l’élection de Mr Trump, semblant bénéficier de la perspective d’accélération de la remontée des taux de la Fed et de la fenêtre fiscale devant favoriser le rapatriement des disponibilités offshore des grandes entreprises américaines.

Evolution de l’Euro Dollar depuis le 1er juin 2016 :

Les marchés émergents tant actions et qu’obligataires, ont été impactés négativement par la hausse du dollar et les perspectives isolationnistes de la nouvelle Administration américaine.

En résumé concernant les marchés développés, l’élection de Donald Trump a conforté les évolutions déjà constatées depuis plusieurs semaines en les accélérant, mais ne les a pas inversées, contrairement aux attentes dans une telle hypothèse.

Comme pour le Brexit, les marchés n’ont donc semble-t-il pas modifié leurs anticipations sur les taux et la tendance de fond sur les actions. A très court terme, ils privilégient les éléments du Programme de Mr Trump qui sont soit les plus favorables soit relevant de sujets déjà débattus depuis plusieurs mois par les intervenants économiques et financiers et ont ajusté à la hausse les primes de risque (spreads de crédit, pente de courbe, swap d’inflation) pour tenir compte des plus grandes incertitudes à moyen long terme.


Il nous semble donc nécessaire de considérer avec la plus grande vigilance les réactions à court terme des marchés, et de réfléchir aux caractéristiques du nouvel environnement qui semble naître sous nos yeux, potentiellement très différent de l’ordre global dans lequel nous avons vécu au cours de ces trente cinq dernières années. Ce nouvel environnement pourrait être moins globalisé, moins ouvert que celui de l’ère ouverte par Margareth Thatcher et Ronald Reagan au début des années 80 du 20ème siècle.

Pour l’instant, les données connues ne suffisent pas à en dessiner avec suffisamment de fiabilité les contours. Les interrogations sont trop nombreuses concernant ce que sera la réalité de la Présidence Trump, la façon dont se concrétisera réellement le Brexit et l’impact des élections prévues en Europe bientôt, que ce soit en Italie le 4 décembre ou en France et en Allemagne en 2018.

La gestion des mandats assurantiels doit en tous les cas intégrer ou pondérer différemment de nouveaux risques à moyen terme et/ou prendre en considération de nouveaux paramètres à surveiller. La liste ci-dessous n’est pas exhaustive :

-  Les risques politiques et géo-stratégiques doivent évidemment être repondérés. Le mode de fonctionnement de l’Union Européenne et de la zone Euro pourrait évoluer.
-  Le risque d’une croissance économique mondiale plus faible en cas de poursuite de la baisse du commerce international doit être envisagé.
-  Il faudra surveiller attentivement l’évolution de l’investissement et de la consommation domestique dans les grandes zones géographiques afin de mesurer si une dimension économique « locale » plus forte peut compenser le recul possible de l’international. Le risque d’une inflation trop élevée pourrait réapparaître (alors que nous avons vécu depuis plusieurs années dans la crainte qu’elle ne le soit pas assez).
-  Concernant les Banques Centrales, comment évoluera leur statut au regard de la doctrine d’indépendance par rapport aux pouvoirs politiques qui est dominante depuis plusieurs -décennies ?
-  Ne va-t-on pas assister à une évolution différente de la réglementation des acteurs financiers dans un monde qui serait moins ouvert et donc avec des lois de concurrence différentes ? Une illustration à court terme : comment l’Europe réagira-t-elle à la déréglementation financière envisagée aux Etats Unis ?
-  Compte tenu de toutes ces évolutions, comment se comporteront les corrélations entre classe d’actifs, leurs volatilités, les mesures de risque à prendre en compte dans la gestion de portefeuilles ?

Plus que jamais la vigilance est de mise pour le gérant de mandat assurantiel. La diversification, la construction de portefeuille et la réactivité demeurent des principes d’actualité dans un environnement en pleine évolution.

Achevé de rédigé le 24 novembre 2016

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