La poursuite de l’intégration de la zone Euro aura des conséquences pour la gestion assurantielle

Après les élections en Allemagne du 24 septembre prochain à l’issue desquelles Mme Merkel semble bien placée à ce jour pour se succéder à elle-même à la Chancellerie, une fenêtre d’opportunité devrait se présenter permettant de compléter l’Union Economique et Monétaire de la Zone Euro. La France et l’Allemagne ont clairement manifesté leur intention d’accomplir des progrès dans cette direction, donnant matière à d’intenses négociations à venir.

La dimension géostratégique liée à une évolution plus isolationniste et moins multilatérale des Etats Unis récemment, conjuguée au Brexit, expliquent notamment la volonté conjointe Franco-Allemande de renforcer les Institutions qui structurent le Continent Européen - plus particulièrement la zone Euro - et constituent un aiguillon pour parvenir à un accord.

Pour autant que des progrès importants restent à accomplir et sont attendus, les avancées de la dernière décennie en matière d’intégration de l’Union Economique et Monétaire ne sont pas négligeables, elles ont été réalisées pour l’essentiel sous la pression des évènements certes, mais elles vont bien dans la direction d’une plus grande harmonisation des politiques économiques et financières des Etats membres :

  • la mise en œuvre d’une surveillance budgétaire et fiscale avec le « Six Pack » en 2011, le « Two Pack » en 2013 et le Semestre Européen qui est un cycle de coordination des politiques économiques et budgétaires s’articulant autour de troix axes (« les réformes structurelles », les politiques budgétaires, la prévention des déséquilibre macro-économiques excessifs),
  • la prévention des crises de financement avec la création du Mécanisme Européen de Stabilité en 2012 notamment,
  • la création d’une Union bancaire par la mise en place progressive du Mécanisme de Surveillance Unique (MSU) et de Résolution Unique (MRU) des banques à partir de 2014,
  • la création du Fonds Européen pour les Investissements Stratégiques (FEIS) en 2015 pour renforcer les fonds structurels existants.

Les propositions d’avancées comprennent aujourd’hui la création d’un poste de Ministre des Finances de la zone Euro, d’une ébauche de Budget de la Zone Euro et d’un Fonds Monétaire Européen, un FMI « européen » sans pour autant aller jusqu’à la mise en place d’une véritable Union de Transfert (qui signifierait la mutualisation des dettes de la zone Euro, qui ne fait pas consensus à ce jour).

Le gérant de mandat assurantiel dans sa vision de long terme doit d’ores et déjà appréhender les conséquences possibles de cette poursuite de l’Intégration, si elle se concrétise comme c’est aujourd’hui probable.

Celle-ci devrait se traduire par la poursuite de la réduction des risques perçus par les marchés en zone Euro.

La création d’un Ministre des Finances et celle d’un budget de la zone Euro auraient une portée symbolique très importante. Elles favoriseraient la réduction du risque politique, ce qui devrait contribuer, toutes choses étant égales par ailleurs, à la hausse de l’Euro contre Dollar, grâce aux gains de crédibilité induits. Avec la résolution des problématiques techniques de construction de la zone et des signaux d’harmonisation politique, l’Euro devrait renforcer son statut de grande monnaie de réserve et bénéficier davantage du statut de valeur refuge dans les périodes de stress comme récemment la crise coréenne. Cette perspective positive sur la valeur externe de la monnaie, alimentée par ailleurs par un excédent courant de la zone représentant 3% du PIB soit d’ores et déjà une demande supplémentaire de monnaie de 350 milliards par an, devrait attirer les flux d’investissement internationaux et valoriser toutes les classes d’actifs libellées en Euro, à la fois les Taux et les Actions. Le financement des acteurs publics et privés devrait s’en trouver facilité et donc la croissance et l’emploi devraient in fine en bénéficier.

Il devrait s’en suivre une modération de la remontée des taux de rémunération des instruments de dette dans notre zone, à stade du cycle économico-financier inchangé, en premier lieu pour « la base » souveraine core.

Concernant les Etats périphériques, en plus de l’effet de base, les progrès envisagés en matière de réduction du risque de liquidité, avec la création d’un Fonds Monétaire Européen (une source de financement de dernier recours pour les Etats dans un cadre institutionnel établi et pérenne), bénéficieraient prioritairement aux plus vulnérables dont les spreads devraient se réduire. La poursuite de l’harmonisation budgétaire et fiscale y contribuerait aussi, car elle serait perçue favorablement en matière de réduction du risque de solvabilité.

Le crédit devrait suivre la base core en sympathie. Au-delà, la poursuite de l’harmonisation fiscale devrait avoir un impact différencié sur la rentabilité et la capacité d’investissement des entreprises, en levant les distorsions concurrentielles dont certaines pouvaient bénéficier au détriment d’autres.

L’augmentation des flux d’investissement offshore peut avoir des conséquences ambivalentes sur la politique monétaire de la BCE : ils peuvent faciliter la sortie du QE, en se substituant à une partie des achats de la Banque Centrale, contribuant ainsi au retour à un vrai marché obligataire, avec une diversité d’acheteurs de nature et motivation différentes à tout instant. Ils peuvent aussi contribuer par la hausse de l’Euro à une baisse de l’inflation, ce qui au contraire pourrait ralentir la sortie du QE.

Toutes choses égales par ailleurs, le renforcement du cœur de la Zone Euro devrait par ailleurs avoir un effet positif sur la capacité de l’Europe à faire valoir ses intérêts dans les grandes négociations internationales, en particulier dans le domaine réglementaire pour le secteur financier.

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Le gérant de mandat assurantiel devra rester attentif aux évolutions en cours, car même si les perspectives sont favorables, le temps des négociations pourra néanmoins être une source de volatilité, avec des risques et des opportunités. A moyen terme, le scenario qui se dessine étant celui d’un environnement structurellement assaini pour les marchés de taux, mais aussi avec moins de rendement attendu toutes choses égales par ailleurs, la diversification des portefeuilles sur la classe actions sera essentielle pour bénéficier de l’amélioration de la situation macro-économique de la zone Euro. Un desserrement réglementaire du choc Action sous Solvabilité II permettrait de faciliter l’ajustement souhaitable des allocations dans ce contexte.

Achevé de rédigé le 14 septembre 2017

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